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Les otages de la Commune, mai 1871.

168 Rue de la Roquette Paris

Les 24, 25 et 26 mai 1871, dans la débâcle de la Commune face aux troupes gouvernementales, les Fédérés vont fusiller par fournées entières leurs prisonniers, à la Roquette. "Des magistrats et des curés", dit-on. Même Jules Vallès, dans l'Insurgé, écrit : "De quel droit, au nom de qui a-t-on tué ? La Commune toute entière est responsable de cet égorgement (...) Cette boucherie est horrible, ces gens étaient âgés, prisonniers, sans armes ! On criera que c'est une lâcheté !" La Commune vient en effet de fusiller six otages dans la prison dirigée par une recrue de Rigault (v. 4ème arr, bd du Palais), Isidore François, 42 ans, emballeur. Vingt-quatre personnes répondront de ces six assassinats en janvier 1872 devant le conseil de guerre. On a tué Bernard Bonjean (photo), doyen des présidents de la Cour de cassation, arrêté le 21 mars, Mgr Georges Darboy, archevêque de Paris, Mgr Surrat, premier vicaire-général, l'abbé Ducoudray, l'abbé Deguerry, curé de La Madeleine, l'abbé Allard, aumônier des hôpitaux (on dit alors "des ambulances"), enfermés avec 200 gardiens de la paix arrêtés à Montmartre. Leurs biens ont été pillés, mis à sac. Le 22 mai, Rigault et Dacosta les ont fait transporter du dépôt à la Roquette dans des fourgons cellulaires en les mettant par deux dans les cases déjà étroites pour un seul. A la Roquette, on les a présentés à une foule qui voulait les "mettre en pièces". Le 23 mai, sont arrivés d'autres prisonniers. Le 24, on les a emmenés dans une grande confusion pour les fusiller dans un coin de la prison. L'archevêque a béni tout le monde et l'abbé Allard a marché le premier en chantant la prière des agonisants, suivi de Mgr Darboy, de Bonjean et des abbés Duguerry, Clerc et Ducoudray. On les a injurié avant de les tuer dans le chemin de ronde, au coin des rues de la Folie-Regnault et de la Vacquerie, à 19h20. Le 21 janvier 1872, le conseil de guerre condamnera à mort Gustave Genton, 36 ans, pour sa participation à cet acte. Il sera fusillé le 30 avril 1872 à Satory et mourra en criant "Vive la Commune". Le 25 mai suivant, Joseph Lolive, 32 ans, tailleur, sera également condamné, puis fusillé le 18 septembre à Satory. Nombre d'autres personnes seront condamnées aux travaux forcés à perpétuité, ou pour 10 ou 20 ans, ou encore à la déportation le 21 janvier 1872. Pour l'arrestation, la séquestration et le pillage du domicile du curé de La Madeleine, le 5 avril 1871, des peines de travaux forcés seront encore prononcées le 9 novembre 1872. Un nommé Eburderie se fera notamment prendre le 7 juin 1872 en venant récupérer au Mont de Piété une bague déposée le 30 mai, pour laquelle on lui avait prêté 5 francs. L'employé qui devait la lui rendre s'est aperçu que le diamant valait 500 francs et a refusé de le restituer. On s'est alors rendu compte qu'elle appartenait à l'abbé Duguerry et la bande a arrêtée (sur Raoul Rigault, v. aussi 5ème arr, rue de la Clé).

Le 26 mai 1871, au surlendemain des assassinats de la Roquette, 47 prêtres et gendarmes sont conduits rue Haxo et assassinés par les derniers Fédérés (v. suite 20ème arr, rue Haxo).

Le 6 juin 1871, l'Assemblée nationale décidera qu'une pierre commémorative sera érigée dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, mentionnant les noms des otages assassinés par la Commune de Paris.

(photo X)