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Duels au Bois de Boulogne.

Route de la Grande Cascade Paris Paris

Le père Bugeaud:

Le 29 janvier 1834, le général Bugeaud, le "Père Bugeaud", victorieux des Autrichiens et futur conquérant de l'Algérie, député depuis trois ans, se bat en duel au Bois de Boulogne contre le député Dulong et le tue d'une balle dans la tête. L'outrage a été fait à l'Assemblée nationale, lorsque Dulong est intervenu dans une discussion qui animait le maréchal Soult, le député Larabit et Bugeaud. La question était de savoir si un militaire devait obéir en toutes circonstances. Dulong avait demandé à Bugeaud, qui soutenait ce point de vue, s'il fallait "obéir jusqu'à l'ignominie"...

Le chemin de la Favorite:

Le 11 mars 1845 à 10h, le patron du journal La Presse, Henri Dujarier, 29 ans, attend à proximité du château de Madrid, dans la clairière du Chemin de la Favorite, le journaliste Rosemond de Beauvallon, 23 ans, qui écrit dans Le Globe. Beauvallon l'a provoqué en duel à la suite d'une discussion stupide entre joueurs avinés d'un soir, lors d'une réception arrosée (v. 1er arr, galerie Montpensier). Dujarier attend par un froid glacial avec le Dr Deguise et avec ses témoins Boigne et Bertrand. A 11h35, Beauvallon et ses témoins Equevilley et Flers arrivent enfin. Avec les armes. Les témoins, observant le ridicule de l'affaire, proposent un arrangement qui est refusé. Dujarier tire le premier. Beauvallon n'est pas atteint. Mais quand Beauvallon, qui a fourni les armes, tire à son tour, Dujarier tombe quasiment mort, tué d'une balle entre les deux yeux. Le 13 mars, Alexandre Dumas, Balzac, Emile de Girardin, enterrent Dujarier au milieu d'une foule immense pendant que le juge d'instruction Le Gonidec ouvre une enquête. Le 8 avril 1819, la Cour de cassation a jugé que la mort en duel n'était pas un crime, du fait du consentement de la victime. Mais le 22 juin 1837, elle a changé d'avis, observant que "la convention de duel est immorale". Pour des raisons de procédure, Beauvallon va comparaître devant la cour d'assises de Seine-Maritime. On lui reproche son retard au matin du 11 mars et il répond qu'il n'avait pas trouvé de fiacre et qu'il avait constaté à la dernière seconde qu'il n'avait pas de balles. On lui reproche aussi d'avoir utilisé des pistolets qu'il avait déjà essayés, contrairement à son adversaire… Mais en un quart d'heure de délibérations le 29 mars, Beauvallon est acquitté. Le 14 août 1847 cependant, un de ses témoins, Toussaint d'Equevilley, 31 ans, capitaine au service de la reine d'Espagne, sera poursuivi pour faux témoignage devant la cour d'assises de la Seine. On lui reproche d'avoir fourni pour le duel des pistolets que Beauvallon connaissait déjà, d'avoir laissé se dérouler un duel entre un tireur expérimenté et un ignorant des armes, et surtout d'avoir poussé au duel. Il sera condamné à dix ans de réclusion. En conséquence, le 9 octobre 1847, Beauvallon comparaît à nouveau, à Paris cette fois, et s'entend condamner à 8 ans de réclusion pour faux témoignage au procès d'Equevilley. Beauvallon avait menti en niant avoir déjà utilisé son pistolet. Les deux complices seront libérés de façon inespérée, à l'occasion de la révolution de février 1848.

(lire "100 crimes à Paris", Olivier Richou et Michel Martin-Roland, Ed l'Opportun 2015).

Achard-Fiorentino:

Un duel se prépare une fois de plus, le 4 juin 1850, au Bois de Boulogne. Il oppose Amédée Achard à Pietro Fiorentino, 27 ans, hommes de lettres. C'est un duel à l'épée. Achard est gravement blessé dans le combat qui devait régler une dispute sur les critiques de théâtre virulentes que les deux signaient dans Le Courrier français pour l'un, dans Le Corsaire pour l'autre, se diffamant l'un l'autre… Fiorentino a fini par réclamer un duel au pistolet mais les témoins ont exigé l'épée. Achard a pour témoins Frédéric de Bazancourt et Eugène de Reins, hommes de lettres également, alors que son adversaire est assisté de Napoléon Savary de Rovigo et de Léon Gatayes. Achard, blessé en pleine poitrine, est victime du sort car aucun des deux ne savait tirer à l'épée. Il sera cependant remis sur pied au bout d'un mois. Poursuivis en justice, combattants et témoins seront acquittés le 31 août 1850 puisque tout le monde reconnaissait la loyauté du combat.

Le duel mondain:

Histoire d'un dernier duel: Un couple dîne, le soir du 12 novembre 1868 dans un restaurant du Quartier latin. L'homme, nommé Boiron, juge tout à coup qu'un voisin regarde sa femme avec trop d'insistance. Il reproche à ce voisin de les regarder en souriant. Le voisin répond qu'il a l'habitude de rire en mangeant... Boiron s'emporte tant et si bien qu'il finit par recevoir une gifle. L'agresseur, Lullier, est un ancien officier de marine. On échange aussitôt les cartes et on prend rendez-vous pour un duel à l'épée, fixé au 14 novembre devant la maison de Bagatelle. Sur le terrain, Lullier donne un cigare à Boiron et précise qu'il a 10 minutes pour le toucher. Au bout de 10 minutes, Lullier déclare :"Où voulez-vous que je vous touche, Monsieur ?" L'autre ne répond pas. Alors, Lullier, d'un coup droit, atteint Boiron en pleine poitrine, tout en retenant son épée. Boiron va rester souffrant durant deux jours et Lullier sera condamné le 20 novembre 1868 à 2 mois d'emprisonnement. Boiron lui, n'aura que 100 francs d'amende.

(dessin Petit Journal)