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Le "coup d'État" de Déroulède, février 1899.

7 Place de la Nation Paris

Paul Déroulède, député, et Marcel Habert, manifestent le 23 février 1899 place de la Nation, sur le chemin que doivent emprunter les troupes, à leur retour des cérémonies d'enterrement du président Félix Faure. Lorsque vers 4 heures et demie de l'après-midi, la brigade conduite par le général Roget arrive sur la place, les manifestants s'avancent, crient "vive l'armée !", chantent la Marseillaise. Déroulède se saisit de la bride du cheval du général et l'invite à venir avec lui à l'Elysée pour "sauver la France et la République". Il montre à l'officier la direction du boulevard Voltaire alors que la troupe, casernée à Rueilly, doit emprunter le boulevard Diderot. Le député insiste : "Je vous en prie, mon général, sauvez la France, ...à l'Elysée !" Au carrefour du Faubourg Saint-Antoine, les manifestants, hostiles au parlement, réclament que les sapeurs tournent dans cette voie. Mais le général Roget, d'un geste énergique, montre alors la direction de la caserne. Une quinzaine de personnes le suivent jusque dans la cour, dont Déroulède qui, avec Marcel Habert, secrétaire de la Ligue des patriotes, l'appelle toujours à "sauver la France". Ils veulent que l'armée "débarrasse la France de la République des coquins qui l'exploitent et la déshonorent". Ils n'entendent pas quitter la caserne. Alors, on les arrête et les voici le 29 mai 1899 devant la cour d'assises. Le jour-même où la Cour de cassation examine la requête en révision d'Alfred Dreyfus. Ce qui provoque une animation extraordinaire dans le palais de justice, et un travail particulier pour que les deux clans ne se rencontrent pas. Déroulède sera acquitté le 31 mai et acclamé jusque dans la rue. Il est de nouveau arrêté chez lui le 11 août 1899, soupçonné de comploter pour changer la forme du gouvernement. On arrête en même temps, sur instruction du juge Hector Fabre, André Buffet, Eugène Godefroy, président de la Jeunesse royaliste, Ferdinand Le Menuet, secrétaire-général de la Ligue des patriotes, et Raoul de Fréchencourt, de l'Action française. Pour l'occasion, le député Fernand de Ramel subit une perquisition ainsi que le colonel Fernand de Parseval, ancien gouverneur du duc d'Orléans. Jules Guérin lui, s'enferme au siège de la Ligue antisémitique, 51 rue de Chabrol, en prévenant qu'il est prêt à se défendre, les armes à la main, contre toute tentative d'arrestation (v. 10è arr,  rue de Chabrol). Le 15 août, le député du Gers Joseph Lasies se propose comme négociateur auprès du gouvernement, estimant la situation dangereuse, mais le gouvernement refuse de négocier. Guérin répète à Lasies qu'il ne se rendra pas. Il fait la même réponse à deux autres visiteurs, le député Napoléon Magne et le général Victor Jacquey. La rue demeure barrée par des gardes à pied et à cheval. Le 20 août, une dépêche de l'agence Havas annonce que le gouvernement de Waldeck-Rousseau exclut d'employer la force. Le général Jacquey et le député Magne vont finir par obtenir l'ouverture de négociations. Une dizaine de manifestants, arrêtés le 20 août sur place, sont condamnés à 15 jours d'emprisonnement pour injures à agents. Le 27 août, Le Soir et La Patrie sont poursuivis pour avoir lancé un appel aux dames de la Halle afin qu'elles approvisionnent Guérin dans son "Fort Chabrol". Le juge d'instruction leur accordera un non-lieu le 15 septembre. Le 16 septembre, le juge Fabre rendra à son tour un non-lieu en faveur de 45 des inculpés, sur 67 personnes poursuivies. Le Meneut, Roques, directeur du Clairon de la Villette, obtiendront ainsi un non-lieu. Le 18 août, s'ouvrira enfin devant le Sénat transformé en Haute Cour, le procès, présidé par Armand Fallières, de Déroulède, Guérin, Habert, Buffet, Dubuc. Mais Guérin n'est toujours pas délogé. Il est aussi poursuivi pour tentative d'homicide sur des agents. Guérin finira par se rendre le 19 septembre 1899. Ses 14 compagnons rentreront chez eux sans être poursuivis.

(dessin Petit Journal)