Pariscriminel

Depuis le Moyen-âge, de nombreuses personnes ont été décapitées à l'emplacement actuel du Forum des Halles. L'échafaud est dressé à l'emplacement de la rue Berger, entre l'accès du Forum des Halles et le poste de police. Jacques Hillairet, dans "Gibets, piloris et cachots du vieux Paris", dresse une liste des personnalités décapitées du début du XIVème au milieu du XVIIème siècle.

Au Moyen-âge, la plupart des exécutions ou des expositions de criminels ont en effet lieu près des halles afin de rendre plus efficace la publicité des arrêts judiciaires. Le pilori des halles a été dressé sous Philippe-Auguste mais il en existe de nombreux à Paris et en banlieue. Dont, pour les condamnés déjà exécutés, le célèbre gibet de Montfaucon. Le pilori des halles est dressé entre les rues de la Tonnellerie, des Potiers d'Etain et de la Fromagerie, c'est à dire au coin de la rue Pirouette et de la rue Rambuteau. Il se présente comme une tour à huit cotés percés de trous afin que le condamné puisse passer la tête et les mains. On a le droit de se moquer ou de jeter des projectiles sales, pourvu que le patient n'en soit pas blessé. La tour peut pivoter et on la fait tourner de temps en temps.

Selon un autre auteur, il s'agit d'une petite maisonnette, logement à la disposition du bourreau, surmontée d'un axe vertical sur lequel sont fixées deux roues horizontales. Les condamnés, montés sur la première roue, passent leur tête et leurs mains dans des trous de la roue supérieure et restent ainsi exposés, jusqu'à six à la fois, aux insultes, moqueries, crachats et jets d'ordures des passants. L'axe est, toutes les demi-heures, tourné de 90 degrés, de sorte que chaque condamné soit, en deux heures, exposé de tous les côtés du pilori. A la cinquième exposition au pilori, le condamné a la langue coupée. Louis XIV repoussera ce supplice à la huitième exposition. On y expose aussi parfois des têtes décapitées [Amédée Gabourd, Histoire de Paris, Ed Gaume Frères, 1863].

On ne pratique que très rarement les exécutions capitales à cet endroit, selon l'historien Gabourd. On se transporte pour cela jusqu'à l'échafaud.

Le pilori sera incendié en 1516 par les Parisiens, outrés de la maladresse du bourreau  lors d'une décapitation. Le bourreau, réfugié dans son logement, y mourra d'ailleurs brûlé ou asphyxié.

Jacques Hillairet a dressé une liste des bourreaux, dont certains ont eux-mêmes fini sur l'échafaud. Les plus célèbres sont les Sanson, qui officieront plus tard, de 1688 à 1842, célèbres parce que six générations de Sanson ont travaillé, parce que l'un d'eux, Charles-Henri, a décapité le roi, et parce qu'ils ont assuré les innombrables exécutions de la Terreur. Le pilori royal des Halles sera supprimé en 1786. Un autre pilori, semblable, a existé à Saint-Germain-des-Prés, de 1275 à 1636.

Le Paris du Moyen-âge est par ailleurs truffé de petits piloris appelés "échelles", souvent constitués d'un simple poteau, dont use l'Eglise. De nombreuses congrégation, de nombreux curés, ont leur pilori, souvent dans la rue, devant leur porte ou leur église (v. 5ème arr, pl Jussieu,  ou 3ème arr, rue Saint-Martin). Les propriétaires d'une échelle disposent aussi d'une prison, d'où le nombre très important de prisons que compte Paris jusqu'à ce que Louis XIV ne supprime les juridictions privées.

Selon l'historien Gourdon de Genouillac, le nom du lieu d'exposition viendrait du nom d'un bourgeois nommé Lori, qui aurait été propriétaire d'un puits à cet endroit. Le Puits Lori. Cet historien en donne la description suivante : C'était une tour octogonale, rotative, aux fenêtres de laquelle, à la hauteur du premier étage, on montrait les condamnés dont la tête et les mains étaient enserrées dans des planches. On avait le droit de regarder, d'insulter, pendant trois jours consécutifs durant l'espace de deux heures et de jeter de la boue et des ordures, mais non des pierres ni des objets dangereux. En général, on exécutait aussitôt après, en pendant ou décapitant sur place. Mais parfois, le pilori était la seule peine infligée (pour les valets insolents, les soldats désobéissants, les mendiants) [Henri Gourdon de Genouillac, Paris à travers les âges, Roy 1879]

Le pilori sera aboli en 1789 et remplacé par l'exposition publique, ce qui revient au même, mais l'exposition aura désormais lieu place du palais de justice. Elle sera supprimée en 1848.