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L'abbaye Saint-Victor.

24 Rue Linné Paris

L'abbaye Saint-Victor était établie hors de l'enceinte de Philippe-Auguste, à l'emplacement de l'université de Jussieu-Pierre et Marie Curie.

Les bâtiments occupaient principalement le triangle constitué par les rues Linné, Cuvier et Jussieu. Ils s'étendaient notamment tout le long de la rue Linné. Au nord-est, ils étaient entourés par un grand jardin qui s'étendrait le long de la rue Cuvier jusqu'en face du numéro 25.

L'existence de l'église et de bâtiments est attesté dès le onzième siècle, mais son origine demeure inconnue. L'abbaye proprement dite fut fondée en 1113 par Louis VI le Gros (1085-1108-1137) et approuvée en 1114 par le pape Pascal II.

Sa fondation est parfois attribuée à Guillaume de Champeaux (1070-1121), archidiacre de Paris qui s'était retiré là en 1108 en renonçant à toutes ses charges.

L'église, qui avait remplacé une ancienne chapelle, fut rebâtie sous François Ier, en 1517, par l'évêque de Langres Michel Boudet (1479-1529). La nouvelle église, éclairée par des vitraux de couleurs vives, était un monument gothique de grande hauteur qui s'appuyait sur le clocher de l'ancienne. Elle présentait deux hautes croisées, des bas-côtés et chapelles, un jubé soutenu par des colonnes corinthiennes et deux colonnes gothiques qui cachaient les escaliers. L'architecture a été critiquée mais les cloches étaient réputées être les plus harmonieuses de Paris.

Le chœur abritait quelques tombeaux, dont celui de Maurice de Sully, évêque de Paris mort en 1196. L'église était notamment décorée par deux tableaux monumentaux de Jean Restout (1666-1702), dont l'un représentait la Cène. Un tableau de Claude Vignon (1593-1670), représentant l'adoration des rois, surplombait le maître autel.

L'abbé Jean Bordier fit construire un mur d'enceinte en même temps que l'on bâtissait la nouvelle église.

L'enceinte comprenait deux cloîtres du douzième siècle, constitués de petites colonnes groupées et couverts en bois, comme la bibliothèque. Celle-ci, abritant des manuscrits des Pères de l'Église, fut augmentée par plusieurs legs ou dons. Elle était considérable au dix-huitième siècle, avec près de vingt-mille manuscrits, dont une Bible du neuvième siècle, des dessins et des cartes de géographie. Il fallut lui construire un nouveau bâtiment, mais ses trésors ont finalement été dispersés. François Rabelais en avait dressé un catalogue et de nombreux auteurs ont écrit l'histoire de cette bibliothèque.

L'abbaye disposait de très grands jardins. Son dortoir gothique aurait servi de salle de classe à Abélard. Les évêques de Paris disposaient à Saint-Victor d'un appartement et s'y retiraient traditionnellement chaque année durant plusieurs jours.

A l'angle de la rue Cuvier et de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, une tour, attachée à la muraille, servit de lieu d'enfermement pour les enfants débauchés. On l'appelait "Tour d'Alexandre", du nom de son premier pensionnaire. Elle était flanquée de la fontaine Saint-Victor ou fontaine d'Alexandre.

L'abbaye a été détruite en 1790 pour construire la halle aux vins en 1811. La tour et la fontaine d'Alexandre ont été détruites en 1840 et remplacées par la fontaine Cuvier.

(Dessin X)