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La prison de Sainte-Pélagie.

40 Rue de la Clef Paris

A l'angle de la rue de la Clef et de la rue du Puits-de-l'Ermite, se trouvait une des portes principales de la prison Sainte-Pélagie, ancien établissement de soins construit en 1665, devenu prison en 1792, prison politique en 1831 et démoli en 1895.

La prison occupait le pâté de maisons délimité aujourd'hui par la rue Larrey, la rue de la Clé et la rue du Puits-de-l'Ermite. Son entrée principale était située à l'emplacement du 11bis rue Lacépède et derrière cette porte, s'ouvrait une longue allée verdoyante qui menait vers le sud, derrière les façades de la rue de la Clé, jusqu'à la prison, à la hauteur de la rue Larrey.

L' ancien établissement de soins était dû à Mme de Miramion, fondatrice du couvent des "Miramiones", pour ramener dans le droit chemin quelques filles de mauvaise vie. On l'appela d'abord Le Refuge et il fut soumis à l'administration de l'Hôpital général.

Avant la Révolution, la maison abritait toujours, du côté de la rue du Puits-de-l'Ermite, les femmes de mauvaise conduite, enfermées d'office ou à la demande de leur père ou mari. Les autres bâtiments étaient pour les femmes honnêtes qui s'y retiraient volontairement et payaient leur pension.

A partir de 1792, on y entassa hommes et femmes, aussi bien sous des accusations politiques que criminelles. Mme Roland y fut enfermée.

Le 23 mai 1871, aux dernières heures de la révolte de la Commune de Paris, Raoul Rigault "procureur de la Commune", y fit fusiller plusieurs prisonniers, choisis par ses soins. Dont l'avocat Gustave Chaudey, qui avait pourtant été son ami mais qui avait commandé le feu, lors d'une tentative de révolte, place de l'Hôtel-de-Ville, le 22 janvier 1871.

La prison connut de formidables évasions. Vingt-neuf détenus, accusés de "cris séditieux" et arrêtés parmi 195 personnes en avril 1834 à la Porte Saint-Martin, réussirent le 12 juillet 1835, en creusant un souterrain dans les caves, jusqu'à un jardin de la rue Copeau (Lacépède). Mais l'affaire était éventée et plusieurs furent repris aussitôt. Un autre souterrain, creusé jusqu'à un jardin de la rue Lacépède par treize détenus, fut découvert  le 15 mai 1847.

Prison politique au dix-neuvième siècle, Sainte-Pélagie était une sorte d'hôtellerie obligatoire où l'on pouvait recevoir, correspondre avec le dehors, donner de petites fêtes. Tout faire, en un mot, à la condition de ne pas sortir. Et encore, sous le Second Empire, le préfet de police accordait des permissions sans difficultés. Proudhon, condamné en mars 1849 à trois ans de prison pour des pamphlets anti-gouvernementaux, se promenait un jour par semaine, Vallès allait au spectacle et sortait tous les jours jusqu'à minuit... Le journaliste et député républicain Henri Rochefort, condamné à 6 mois de prison en 1870, y haranguait la foule rassemblée dans la rue…