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Sur le quai des Tuileries.

1 Quai des Tuileries Paris-1ER-Arrondissement

Le 17 octobre 1909, Paris connaît son troisième jour d'émeutes consécutif à l'exécution de l'anarchiste espagnol Francisco Ferrer (photo) à Barcelone (v. 17ème arr, bd de Courcelles). Vers 17 heures, ce jour-là, un prêtre, l'abbé Annereau, sort du jardin des Tuileries par la porte qui s'ouvre face au Pont de Solférino. A l'époque, l'endroit n'est pas encore une autoroute. Il est fréquenté par des promeneurs qui profitent de la Seine et de la verdure. Des gens prennent aussitôt à partie l'ecclésiastique, car ceux que l'on appelle désormais les "Camelots de Ferrer", considèrent que leur maître a été "victime des Jésuites et de la Monarchie". On poursuit le prêtre. "Vive Ferrer ! Hou, hou la calotte !" La police qui est partout, intervient et protège l'homme d'église qu'elle conduit au poste voisin. Des coups de feu sont tirés mais personne n'est atteint. On tire probablement en l'air. Les manifestants jettent des pierres et des mottes de terre. Parmi eux, on arrête deux personnes : Aron Werny, un Russe de 22 ans, et Jules Comte, un garçon boucher. Le 2 novembre 1909, le tribunal correctionnel condamnera le premier à 6 mois d'emprisonnement et le second à 2 mois.

Une Citroën 2CV est arrêtée derrière une Saab, le 9 août 1984 vers 23h30, au feu rouge du quai des Tuileries, à la hauteur du Pont du Carrousel et des guichets du Louvre. Dans la Saab, le conducteur est seul : Francis Trocelier, 44 ans, chef cuisinier du restaurant Ledoyen. Il rentre d'un dîner d'affaires. Dans la 2 CV, Patrick Marron, 25 ans, gardien de la paix qui roule vers le quai des Orfèvres pour  prendre son service. Le feu devient vert. Mais au lieu d'avancer, la conducteur de la Saab fait une fausse manœuvre. Il recule, heurtant la 2 CV. Le policier, en uniforme, descend et frappe à la vitre de la Saab. Pour toute réponse, Trocelier ouvrie sa portière, se lève et brandit un revolver 357 Magnum. Pris de peur, s'imaginant menacé de mort par un truand, le policier dégaine son arme de service et abat d'une balle en plein cœur le chef cuisinier. Dans la voiture de la victime, dont l'arme n'était pas chargée, on découvrira cinquante cartouches, un couteau de cuisine et un permis de détention d'arme, mais non de transport d'arme. Le geste de Trocelier restera inexpliqué, sinon par son taux d'alcoolémie de 2,84 g.

Alors que le Front National défile à proximité le 1er mai 1995 pour son hommage traditionnel à Jeanne d'Arc, un groupe de jeunes skinheads, venu de Reims pour commettre des exactions en se mêlant au défilé, s'en prend à un jeune Marocain de 29 ans qui passe à proximité. Quatre jeunes gens insultent Brahim Bouarram avant de l'emmener au bord de la Seine et de le jeter à l'eau. Bouarram ne sait pas nager. Il se noie. Le crime fait grand bruit. Les plus hautes autorités de l'Etat viendront sur place, lancer des gerbes de fleurs dans la Seine. Le 15 mai 1998, l'avocat général Philippe Bilger requiert 10 à 12 ans de réclusion. Me Solange Doumic plaide que Mickaël Fréminet, 22 ans, principal accusé, n'est pas un raciste mais un gamin. La cour d'assises le condamnera, à 8 ans d'emprisonnement. Elle condamnera David Parent, 21 ans, David Halbin, 28 ans, et Christophe Calade, 28 ans, à 5 ans dont 4 ans avec sursis.

Un fourgon est garé en stationnement interdit, sur le trottoir du quai des Tuileries, à l'angle du Pont Royal, le 15 octobre 1998. Plusieurs malfaiteurs attendent qu'un bijoutier de la rue du Bac, Jacques Thibaudat, 63 ans, passe comme tous les soirs, à pied à cet endroit, pour regagner son domicile du 4ème arrondissement. Ce soir-là, à 23h, alors que M. Thibaudat s'approche sans méfiance du fourgon, des inconnus l'attrapent, le jettent dans le fourgon où il est aplati sur le sol, cagoulé, menotté. Le véhicule démarre en direction de la banlieue sans que personne n'ait rien vu. En route, on le menace de mort, on lui promet qu'on va le tuer s'il ne consent pas à donner le secret de l'ouverture de la boutique et des coffres. A chaque fois, M. Thibaudat répond qu'il ne peut pas, du fait de la protection électronique de son magasin. Après quelques temps de trajet, la fourgonnette s'arrête sur le bord de la Seine. M. Thibaudat ignore qu'il est à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) et commence à s'inquiéter sérieusement de l'avenir. Mais les bandits ne changent pas de cap. Ils veulent savoir comment ouvrir la boutique. L'interrogatoire, "musclé", dure une grande partie de la nuit. Il se prolonge. Mais subitement, vers 3 h du matin, des phares éclairent le fourgon. Les gendarmes ! Sauve qui peut ! C'est une volée de moineaux. Sans réfléchir, certains d'être visés par une opération de libération de l'otage, les truands quittent le camion et s'enfuient à toutes jambes. Les gendarmes qui passaient par hasard écarquillent les yeux, surpris de cette hâte subite. Ils délivrent le bijoutier et remontent aussitôt jusqu'à Martial Benoni, 37 ans, propriétaire du véhicule, qui sera rapidement arrêté avec ses deux amis: Eloy Herrero-Garcia, 42 ans, et Diego Priego-Luque, 35 ans. A l'audience, le 14 septembre 1999, ces deux derniers nient avoir participé, mais les communications de téléphones portables d'Herrero, repérées au milieu du Pont Royal ou du quai du Louvre jusqu'à l'instant de l'enlèvement ou celles de Priego qui se montrait très inquiet au lendemain de l'affaire, vont faire la conviction du président Francis Bruty et de ses assesseurs. Ils prononceront 6 ans d'emprisonnement pour chacun.