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Empoisonneuse rue Charles V, 1630.

12 Rue Charles V Paris

Marie-Madeleine d'Aubray (photo), née en 1630 et connue sous le nom de Marquise de Brinvilliers, a empoisonné son père et ses deux frères dans la maison du 12 rue Charles V. Elle est décapitée le 16 juillet 1676 (v. 4è arr, pl de l'Hôtel-de-Ville).

D'après le récit d'Alexandre Dumas dans ses "Crimes célèbres", l'arrêt rendu le jour-même par le Parlement de Paris déclare la Brinvilliers "...convaincue d'avoir fait empoisonner maître Dreux d'Aubray, son père, et lesdits maîtres d'Aubray, l'un lieutenant civil, l'autre conseiller au parlement, ses deux frères, et attenté à la vie de Thérèse d'Aubray, sa sœur ;et, pour réparation, a condamné et condamne ladite d'Aubray de Brinvilliers à faire amende honorable au-devant de la principale porte de l'église de Paris, où elle sera menée dans un tombereau, nu-pieds, la corde au cou, tenant en ses mains une torche ardente du poids de deux livres, et là, étant à genoux, dire et déclarer que méchamment, par vengeance et pour avoir leurs biens, elle a empoisonné son père, fait empoisonner ses deux frères et attenté à la vie de sa sœur, dont elle se repent, en demande pardon à Dieu, au roi et à la justice, et ce fait, menée et conduite dans ledit tombereau en la place de Grève de cette ville, pour y avoir la tête tranchée sur un échafaud qui, pour cet effet, sera dressé sur ladite place, son corps brûlé et les cendres jetées au vent ; icelle préalablement appliquée à la question ordinaire et extraordinaire pour avoir révélation de ses complices ; la déclare déchue des successions de ses dits père, frères et sœur, du jour desdits crimes par elle commis, et tous ses biens acquis et confisqués à qui il appartiendra, sur iceux et autres non sujets à confiscation, préalablement pris la somme de quatre mille livres d'amende envers le roi, quatre cents livres pour faire prier Dieu pour le repos des âmes desdits défunts frères, père et sœur, en la chapelle de la Conciergerie du palais ; dix mille livres de réparation en ladite dame Mangot et tous les dépens, même ceux faits contre ledit Amelin dit Lachaussée. Fait en parlement, ce 16 juillet 1676".

"La Brinvilliers" demanda qu'on lui relise l'arrêt, ce que fit le greffier. Les juges se retirèrent, laissant là le bourreau, le greffier et la condamnée qui fut immédiatement déshabillée, "jusqu'à ce qu'elle fut entièrement nue", puis elle fut assise "sur le chevalet de la question ordinaire", de 60 centimètres de haut. Elle eut les pieds attachés à un anneau fixé au sol, puis, le corps renversé en arrière, elle eut les mains attachées à un anneau fixé derrière elle, au mur. Le bourreau fit monter le chevalet d'un tour de manivelle, de façon à placer le corps en extension, cambré. Elle fut alors sommée de donner le nom de ses complices. Entre chaque question, le bourreau lui faisait ingurgiter avec un entonnoir, un peu des trois seaux d'eau préparés pour elle. Elle commença par ne pas répondre puis, sommée de parler, elle finit par dire qu'elle n'avait pas de complice qui ne soit déjà connu. A chaque fois que le bourreau versait de l'eau, le greffier notait : "Lui a de nouveau été baillé de l'eau; s'est fort tournée et remuée, mais a dit que..." Le bourreau passa ensuite à la "question extraordinaire", en montant le chevalet d'un tour de manivelle en plus, pour cambrer le corps encore davantage en tirant plus fort sur les cordes des mains et des pieds. Et il continua à faire ingurgiter de l'eau pour lui faire révéler la composition des poisons mais elle répondit qu'elle avait déjà tout dit et refusa définitivement de parler. La Brinvilliers fut alors conduite jusqu'à un tombereau qui l'emmena, au milieu de la foule, jusqu'au porche de Notre-Dame où on la fit agenouiller et elle dût répéter après le greffier :"Je reconnais que, méchamment et par vengeance, j'ai empoisonné mon père et mes frères, et attenté à l'empoisonnement de ma sœur, pour avoir leurs biens, dont je demande pardon à Dieu, au roi et à la justice".

Remontée dans le petit tombereau, elle fut conduite place de Grève. Montée sur l'échafaud, le prêtre lui fit réciter des prières, pendant que le bourreau lui coupait les cheveux et lui déchirait sa chemise pour dégager les épaules. Cela dura une demi-heure. Tout à coup, on entendit un coup sourd et la parole cessa. Elle ne bougea pas et on crut que le bourreau avait raté son coup. Mais un moment après, la tête s'inclina vers le côté gauche, glissa sur l'épaule, et roula en arrière pendant que le corps tombait en avant. Le bourreau se félicita de sa réussite qu'il attribua aux messes qu'il avait fait dire les jours précédents, afin que Dieu l'aide à mener à bien sa tâche... Le spectacle avait été si épouvantable que le lendemain, "La Brinvilliers" passait pour une sainte. (v. 1er arr, place du Pont-Neuf).

Selon l'historien Amédée Gabourd, sous Louis XIV et jusqu'à la cour du roi, on devait se méfier de l'empoisonnement. La Brinvilliers avait acquis une effroyable célébrité et "le jour où elle fut exécutée et où son corps fut livré aux flammes, beaucoup de gens cherchèrent ses os, affirmant que c'était une sainte. Après son supplice, les empoisonnements se multiplièrent, et le gouvernement, pour mettre un frein à cet horrible fléau, établit à l'Arsenal une chambre de justice dont la mission dut consister à rechercher les crimes commis par le poison".