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Morte rue Champollion, novembre 1689.

Rue Champollion Paris Paris

A l'aube du 28 novembre 1689, la dame Mazel, qui loge rue des Maçons, ou "rue des Maçons-Sorbonne", devenue rue Champollion, est découverte assassinée de cinquante coups de couteau dans son lit. Le lieutenant-criminel est aussitôt alerté par le fils de la victime, conseiller au Parlement de Paris. Il découvre dans le lit un morceau de cravate à dentelle ensanglanté, une serviette tournée en forme de bonnet de nuit et du linge marqué S, comme le linge de la maison. Le manche de l'arme est réduit en cendres dans la cheminée. La petite fortune que cachait la victime dans sa chambre sous forme de livres en or et de pierres précieuses évaluées à 15.000 livres est intacte. Le vol n'est donc pas le mobile. Le lieutenant-criminel interroge les deux filles de chambre et le vieux domestique Le Brun qui détient un passe-partout et déclare avoir trouvé la porte de la maison ouverte au milieu de la nuit. On le met en garde à vue, on arrête sa femme et on fouille leurs affaires sans rien trouver. Aucune trace de sang. Dans le grenier, le 29 novembre, on trouve une chemise ensanglantée. Les lingères déclarent qu'elle n'appartient pas à Le Brun mais qu'elle est semblable à celles que portait un ancien domestique du nom de Berry, chassé trois mois plus tôt pour avoir volé. La justice s'accroche cependant à Le Brun en soutenant qu'un domestique n'a pas le droit de détenir un passe-partout et que sans effraction, le crime ne peut avoir été commis que par celui qui avait la clé. Le Brun est donc l'auteur ou le complice. Le 18 janvier 1690, il est condamné par les juges du Châtelet à faire amende honorable et à être rompu vif sur la roue, après avoir subi la question ordinaire et extraordinaire, afin de dénoncer ses complices. Soumis à la question le 23 janvier, il nie toute culpabilité. Le 27, un nouvel arrêt annule la sentence de mort, ordonne la remise en liberté de la femme et un supplément d'instruction. Mais Le Brun meurt à la Conciergerie le 1er mars des sévices subis. Le 27 mars, le prévôt de Sens fait savoir qu'il a arrêté un nommé Jean Gerlat, dit Berry, récemment arrivé dans la région et autrefois laquais de la dame Mazel, qui se livre au trafic de chevaux. Il a d'ailleurs proposé une bourse de louis d'or aux policiers pour qu'ils le laissent partir. Présenté à des témoins, ceux-ci disent l'avoir vu le soir du meurtre dans le quartier. Le 21 juillet 1690, le Châtelet le condamne à faire amende honorable, à subir la question et à être rompu vif. Il subit la question le lendemain, retire toutes ses accusations portées contre Le Brun et subit l'exécution. Le Châtelet réhabilitera Le Brun et sa femme, ordonnant la restitution de leurs biens par un arrêt du 30 mars 1694.

(dessin Trichon 1814-1898, DR)