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"La Brinvilliers" place Maubert, 1672.

Rue Lagrange Paris Paris

La Brinvilliers et son amant, le "chevalier de Sainte-Croix", sorti de prison avec la science des poisons (v. pl du Pont-Neuf), se sont installés rue Lagrange, à l'époque "Place Maubert". C'est là qu'ils essaient leurs poisons. C'est de là que l'amant, Gaudin de Sainte-Croix, empoisonnera M. Alibert puis M. de La Magdelaine, qui cherchaient les causes de la mort du père de la marquise, empoisonné au château d'Offemont, près de Compiègne, pour avoir fait emprisonner Sainte-Croix pendant deux mois à la Bastille. M. Dreux d'Aubray, père de l'empoisonneuse, lieutenant civil au Châtelet, est mort le 10 septembre 1666 d'un mal inconnu. Sa fille n'avait pas supporté qu'il lui fasse des remontrances sur sa conduite avec Sainte-Croix alors qu'elle était mariée à Antoine de Brinvillier. Son fils, le frère de la marquise, lui avait succédé à cette charge mais il était mort rapidement du même mal. C'est en partant de cette place Maubert que la marquise allait tester les poisons discrètement les malades de l'Hôtel-Dieu qu'elle prétendait visiter uniquement par bonté d'âme et qui mouraient inexplicablement. Elle empoisonna aussi ses deux frères parce qu'ils héritaient de son père avant elle... L'un d'eux mit 72 jours à mourir, le 17 juillet 1670, l'autre trois mois... Mais, voilà que le capitaine Sainte-Croix mourut à son tour, le 31 juillet 1672, dans son logement de la place Maubert, empoisonné lui-même par les vapeurs d'une préparation. Demeurant seul, Sainte-Croix était criblé de dettes. On plaça les scellés sur l'appartement. Le 8 août, le commissaire Picard, un sergent, deux notaires et le représentant de la veuve découvrirent dans l'appartement, dans un cabinet encombré d'alambics, un papier intitulé "Ma confession". La Brinvilliers, âgée seulement de 30 ans, s'était déjà enfuie à Liège. Les hommes de loi brûlèrent le récit sans le lire mais, apprirent cependant rapidement l'existence des poisons de Sainte-Croix en découvrirent sa cassette de poisons. Le 4 mars 1673, on condamna Jean Amelin, dit Lachaussée, employé de Sainte-Croix depuis dix ans, arrêté le 4 septembre 1672, à mourir sur la roue, supplice qu'il subit place de Grève le 24 mars, après avoir beaucoup parlé… La Brinvillliers, errant misérablement en Hollande et en Belgique, fut condamnée par contumace et un policier, François Desgrais, déguisé en curé, réussit à l'arrêter et à la ramener de Liège jusqu'à Paris. Elle fut condamnée le 16 juillet à faire amende honorable en déclarant ses crimes, à genoux, devant le portail de Notre-Dame, menée sur un tombereau, nu-pieds, la corde au cou, tenant une torche dans les mains. Après quoi, elle eut la tête tranchée, le corps brûlé et ses cendres jetées au vent. Elle avait été exécutée le jour même, après avoir avoué tous ses crimes (v.4è arr, rue Charles V).

L'empoisonnement est, à l'époque, très prisé. En 1667, déjà, on soupçonnait l'ambassadeur de Venise d'avoir fait empoisonner un à un les ouvriers vénitiens que Colbert avait discrètement débauchés pour profiter de leur savoir faire et de découvrir le secret de la fabrication des grandes glaces.