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La prison de l'Abbaye.

135 Boulevard Saint-Germain Paris

En 1635, à proximité de l'église de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, a été construite une prison à l'emplacement actuel de la chaussée du boulevard Saint-Germain, aux environs des numéros 135-137. La prison de l'Abbaye est un bâtiment carré de 15 mètres de côté, construit à l'extérieur de l'enceinte de l'abbaye, qui va de pair avec les pouvoirs de justice dévolus au père abbé sur les environs. L'enclos de l'abbaye est un carré qui a pour limites l'actuelle rue Jacob au nord, l'actuelle rue de l'Echaudé à l'est, la rue Saint-Benoît à l'ouest, et qui aurait englobé le boulevard Saint-Germain au sud. Menaçant ruine, insalubre, elle sera remplacée par la prison du Cherche-Midi.

Les massacres de septembre 1792 commencent le 2 septembre à la prison de l'Abbaye. La foule des sans-culotte, craignent l'arrivée à Paris des troupes autrichiennes et prussiennes qui viennent de prendre Verdun et marchent vers la capitale. Il faut dire que le duc de Brunswick, leur général en chef, a en effet promis "une vengeance exemplaire et à jamais mémorable s'il était fait la moindre violence, le moindre outrage à leurs majestés le Roi, la Reine et à la famille royale".

Les révolutionnaires, de peur de voir arriver à Paris cette armée, décident de tuer les détenus politiques. Mais l'affaire dégénère en un massacre généralisé qui dure trois jours. 1300 prisonniers sont assassinés. Stanislas Maillard, appelé parfois "le généralissime-brigand", préside ainsi, à la prison de l'Abbaye et à la prison des Carmes (v. 6è arr, couvent des Carmes), aux massacres de septembre. Il a 29 ans et a installé sur place son "tribunal". En récompense, le Comité de sûreté générale (v. 1er arr, rue de Rivoli), lui confiera la police de Paris (v. 2è arr, rue Favart).

A quelques pas de cette prison, s'élève la prison Sainte-Marguerite dans laquelle on a enfermé les prisonniers politiques et les gardes-suisses après la journée du 10 août 1792 (v. 1er arr, jardin des Tuileries). Devant cette prison, on assassinera à coups de piques et de baïonnettes le ministre des Affaires étrangères de Louis XVI, Montmorin, le 2 septembre 1792. Il sera suivi quelques minutes plus tard par un autre détenu, Thierry de Ville-d'Avray, valet de chambre du roi. Puis ce sera au tour de Buot, magistrat, mais ce dernier a compris, il se débat et blesse plusieurs de ses assassins avant de mourir. Dix-sept royalistes sont également tués à proximité du Palais Bourbon lors des émeutes de septembre 1792. Parmi eux, le journaliste François Suleau, du journal "Les Actes des apôtres". Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1792, de nombreux aristocrates, prêtres ou contre-révolutionnaires supposés, sont dépouillés et égorgés sur le seuil de la prison de l'abbaye, à proximité de l'actuel 135 boulevard Saint-Germain. Haut-lieu des massacres de septembre 1792. 

La prison de l'Abbaye a été démolie lors de la création du boulevard Saint-Germain, en 1857.

(dessin X, DR)