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Marat poignardé, juillet 1793.

20 Rue de l'École de Médecine Paris

Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday (photo) entre au numéro 20 de la rue (à l'époque 30 rue des Cordeliers) et poignarde Marat dans sa baignoire. Elle est immédiatement arrêtée par les voisins, mais le directeur de l'Ami du Peuple (v. 6è arr, cour du Commerce), est mort. Jugée le 16 juillet par le tribunal révolutionnaire, elle sera guillotinée le 17 juillet 1793. "Laid, tordu, petit jusqu'au ridicule, ravagé par la débauche, empoisonné de fiel, gonflé de haine contre les hommes, ce venimeux pygmée s'est roulé dans la fange parce que là est la seule puissance du jour", écrit Armand Fouquier [Causes célèbres de tous les peuples, Lebrun 1848-1874]. La police du roi s'est présentée chez Marat le 22 janvier 1790 mais le peuple s'est interposé et une voisine l'a fait entrer chez elle pour le cacher. Il s'est ensuite réfugié un temps chez Simon Héron (v. 1er arr, rue Saint-Honoré).

Marie-Anne-Charlotte de Corday d'Armont, va avoir 25 ans et est née dans une famille d'authentique noblesse normande. Elle déteste les révolutionnaires, qu'elle appelle "brigands", particulièrement les Montagnards, les accusant de n'agir que dans leur propre intérêt et d'avoir confisqué la liberté. Or, Marat, qui a eu toutes les peines du monde à se faire un nom, intrigue et écrit "du fond des caves", se faisant "l'apôtre du meurtre et de l'anarchie, et n'avait d'autre moyen que sa violence, d'autre arme que la calomnie, d'autre système que l'apologie de l'assassinat" pour exister [Fouquier]. Mais il a réussi à se faire élire et il siège justement à la Convention, au sommet de la Montagne. Quotidiennement, son journal, "L'Ami du peuple", désigne de nouvelles victimes. Il est en cela concurrencé par le journal d'Hébert, "Le Père Duchêne". Un jour, Vergniaud, un Girondin, a crié à la Convention : "Donnez un verre de sang à ce cannibale, il a soif !" Le 26 février 1793, une émeute a eu lieu dans Paris, des pillages de magasins, des incendies, des meurtres. Cette action était le résultat d'un appel lancé la veille dans "L'Ami du peuple", appel au pillage, appel à égarer ou pendre les commerçants, pour protester contre la cherté de la vie. Finalement accusé, traduit devant le tribunal révolutionnaire le 24 avril 1793, Marat est acquitté sous les applaudissements. En réponse à cette mise en accusation, la Convention est assiégée le 31 mai par des émeutiers et les 32 députés de la Gironde sont mis en accusation. Ce qui provoque des soulèvements dans 70 départements, réprimés dans le sang. Quelques semaines plus tard, Charlotte Corday apprend que Marat a fixé à 260.000 têtes, le nombre de victimes à guillotiner "pour assurer la tranquillité publique". Le 9 juillet, elle monte dans la diligence Caen-Paris. Arrivée le 11, elle descend à l'Hôtel de la Providence, 17 ou 19 rue des Vieux-Augustins (v. 1er arr, rue Hérold). Avant de partir, le surlendemain, pour la rue des Cordeliers, elle laisse un texte à l'adresse des Français, dans lequel elle écrit "Levez-vous !" appelant à anéantir la Montagne. Elle parvient, à force d'insistance, à se faire conduire auprès de Marat qui prend son bain et elle fait semblant de lui donner des renseignements sur des Girondins réfugiés dans sa région. Très vite, les cris de l'assassiné alertent le voisinage. Charlotte Corday est assaillie et emmenée dans un tumulte extraordinaire. Le corps de Marat est exposé sur une immense estrade, dans l'ancienne église des Cordeliers, puis inhumé dans le jardin, en attendant son transfert au Panthéon, avec cette épitaphe :"Ici repose Marat, l'Ami du peuple, assassiné par les ennemis du peuple, le 13 juillet 1793". Lors de l'exposition du corps, un citoyen Jullien, pris d'un élan lyrique, comparera Marat à Jésus, les qualifiant d'"hommes divins que le ciel avait accordés à la terre pour diriger les peuples dans la voie de la justice et de la vérité". Un juré du tribunal révolutionnaire s'indignera de cette insulte à Marat qui le compare à "l'auteur d'une religion stupide qui ordonne d'obéir aux rois tandis que Marat les écrasait".  Le 16 juillet, Charlotte Corday comparait devant le tribunal révolutionnaire, présidé par Montané. Celui-ci désigne pour la défendre sur le champ Me Chauveau-Lagarde qui n'était là qu'en spectateur. Fouquier-Tinville parle d'elle en employant les mots d'"assassin femelle". Chauveau-Lagarde déclarera que les débats ont duré moins d'une demi-heure. L'accusée n'aura que le temps de dire qu'elle espérait par cet assassinat "rendre la paix à (son) pays". Dès le lendemain, elle sera confiée à Sanson et "à la guillotine fraternelle et égalitaire" [Henri Robert, Les grands procès de l'Histoire, Payot 1922].

Après la chute des Girondins, une partie d'entre eux était restée dans la salle de la Convention et d'autres avaient pris la fuite, partant dans les départements chercher un appui contre la dictature parisienne. Au début de juillet 1793, ceux-ci s'étaient réfugiés à Caen où ils cherchaient à réunir les républicains modérés de Bretagne et de Normandie, les insurgés de la Vendée, les mécontents de Bordeaux et de Lyon. C'est à leur écoute que Charlotte Corday avait pris sa décision. Car attachée aux principes de la Révolution, Charlotte Corday avait suivi le même chemin que les Girondins, s'effrayant un peu tard devant les conséquences dramatiques du bouleversement qu'ils avaient contribué à organiser (v. 1er arr, rue Saint-Honoré).

(dessin X, DR)