Retour à la liste

Saint-Lazare sous la Révolution

107 Rue du Faubourg Saint-Denis Paris

Au numéro 107 de la rue, se dressait la porte principale de la prison Saint-Lazare, créée au XVIIème siècle pour être une maison de correction. C'était une ancienne léproserie construite dans les années 1115-1154 par Adélaïde de Savoie, épouse de Louis VI.  Elle était devenue maison de correction au XVIIème siècle, gérée par les prêtres de Saint-Vincent-de-Paul. Elle était en même temps le quartier général de la charité et des retraites sacerdotales. L'établissement devait être dévasté par les pillards dans la nuit du 13 au 14 juillet 1789. Les prêtres expulsés, le bâtiment allait devenir en 1793 une prison révolutionnaire. Nombre de futurs guillotinés allaient ainsi y séjourner. Parmi eux, le poète André de Chénier, dit André Chénier, aujourd'hui méconnu mais suffisamment célèbre sous la Révolution pour être guillotiné à 32 ans, le 25 juillet 1794. Principalement pour avoir écrit l'Hymne aux Suisses de Châteauvieux, un poème hostile à Robespierre, dans lequel il était question de "...Quarante meurtriers, chéris de Robespierre..." (Le régiment de Châteauvieux, composé de Suisses, avait refusé de marcher contre les Parisiens lors de la prise de la Bastille).

A Saint-Lazare, Chénier écrit :

"Quand au mouton bêlant la sombre boucherie

                Ouvre ses cavernes de mort,

Pâtre, chiens et moutons, toute la bergerie

Ne s'informe plus de son sort,

Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine,

Les vierges aux belles couleurs,

Qui baisaient en foule, et sur sa blanche laine

Entrelaçaient rubans et fleurs,

Sans plus penser à lui, le mangent s'il est tendre.

Dans cet abîme enseveli,

J'ai le même destin. Je m'y devais attendre.

Accoutumons-nous à l'oubli.

Oubliés comme moi dans cet affreux repaire,

Mille autres moutons comme moi

Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire,

Seront servis au peuple-roi..."

Mais Chénier écrit surtout, pour Aimée de Coigny, détenue avec lui, La Jeune Captive : "...Quoique l'heure présente ait de trouble et d'ennui, je ne veux point mourir encore..." A la veille de l'exécution, André Chénier écrit ses dernières lignes, "Comme un dernier rayon...", dans lesquelles il s'élève encore contre ses juges : "Quelle Thémis terrible, aux têtes criminelles", et qu'il conclut par un cri :

"...Mais quoi !

 Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire

Sur tant de justes massacrés !

Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire !.."

Chénier sera exécuté le lendemain, deux jours avant la chute de Robespierre. Il est le frère aîné de Marie-Joseph de Chénier, auteur du très révolutionnaire Chant du Départ :

"...Tremblez, ennemis de la France !

Rois ivres de sang et d'orgueil.

Le peuple souverain s'avance.

Tyrans, descendez au cercueil..."

 

Aimée de Coigny, finalement libérée après avoir payé, a échappé à la guillotine mais a aussi oublié Chénier, guillotiné à la Barrière de Vincennes (v. pl de la Nation).

Après la Terreur, la prison de Saint-Lazare deviendra prison pour femmes et recevra notamment les prisonnières de la Salpêtrière (v. 13è arr, bd de l'Hôpital) lorsque celle-ci sera supprimée (v. suite au XIXè siècle)

(dessin X, DR)